Berlin-Est, 1965


 

Mes premières photographies
En été 1965, je viens d'avoir 17 ans, je me retrouve à Berlin. Je reviens d'un périple en auto-stop qui m'a mené, avec deux copains de mon âge, Patrice et Pascal, depuis Nice jusqu'au Cap Nord, en passant par le Danemark, la Norvège, la Suède et la Finlande. J'ai un 6x9 à soufflet. Ce sont là mes premières photographies. Sur le chemin du retour nous poussons une pointe jusqu'à Berlin-Ouest. La traversée d'une partie de l'Allemagne de l'Est, la route encadreé d'un rideau de barbelés, pour atteindre Berlin-Ouest, c'est déjà un autre monde. Nous obtenons un visa d'une journée pour Berlin-Est. Le visa payé il nous reste environ 10 F. chacun (2 euros) pour rentrer à Nice. Le passage se fait par le metro souterrain. Nulle échappatoire possible. A Berlin-Est, un grand nombre d'immeubles sont en partie détruits. Ils portent encore les traces des impacts qui les ont frappés lors des combats qui ont eu lieu au moment de la prise de Berlin, à la fin de la 2ème guerre mondiale, il y a seulement 20 ans. Toutes les fenêtres qui sont proches du mur et qui donnent sur l'Ouest ont été murées à la va-vite. Nous errons dans la ville, sans trop savoir où aller. L'armée est omniprésente. Partout des officiers russes et allemands. Soudain, à peu de distance, nous parviennent les sons rythmés des cuivres et des tambours.

Une parade Vopo bat la cadence. La foule se masse derrière les barrières. Je n'ai aucune expérience de la photo sur le vif. Je franchis les barrières pour prendre quelques photos.

Le son est assourdissant. Les visages sont fermés. Personne ne fait de photos. J'ai l'impression de commettre un sacrilège et que quelqu'un de la Stasi va me taper sur l'épaule et me demander de le suivre.

 

Au pas de l'Oie

La parade passe devant moi, s'éloigne, bifurque sur la gauche, puis s'immobilise sur la Marx-Engels platz, devant un monument commémoratif. Deux soldats s'extraient du groupe puis, au pas de l'Oie, vont relever les deux soldats qui montaient la garde. Ceux-ci réintègrent le bataillon également au pas de l'Oie. Je tente de faire des photos mais, malheureusement, mon rouleau de 8 poses est ... terminé. Je n'ai pas le temps de recharger.

Devant la porte de Brandebourg un Vopo monte la garde. Cela fait 4 ans que la porte s'est retrouvée dans ce no man's land lorsque le mur a commencé à être construit. Nous sommes à 100 m. de la frontière. Interdit d'aller plus loin. Que se passerait-il si, profitant d'un moment d'inattention des soldats de la RDA, deux allemands de l'Est sautaient la barrière puis, fonçant tête baissée vers l'Ouest, tentaient de franchir la distance qui les en sépare ? Les soldats mettraient quelques secondes avant de réagir. Ils saisiraient leur arme, ajusteraient les fugitifs, puis tenteraient de les abattre. Cette histoire est vraie. Elle s'est passée il y a quelques semaines. Un fugitif réussit à gagner l'Ouest, bien que blessé. L'autre est mort, accroché dans les barbelés entre l'Est et l'Ouest.

 

 

Toutes les nuits, des tirs

A Berlin-Ouest nous dormons au camping, dans le secteur Britannique. Nous avons monté nos petites tentes monoplaces à quelques mètres du rideau de fer. Au delà des barbelés, en RDA, une zone d'une dizaine de mètres a été déboisée, zone dans laquelle les Vopos patrouillent. Plus loin, la forêt s'étend, dense et obscure. Toutes les nuits on entend des coups de feu qui crépitent. Nous ne savons pas qui tire et pourquoi. Les projecteurs installés sur les miradors balaient la zone découverte. A plat ventre, la tête hors des tentes, nous observons. Hier soir vers 10 h., nous faisions griller des saucisses sur un petit feu de bois. Alerté par la lueur (et peut-être par le fumet), un Vopo, mitraillette à la main, nous a éclairé avec sa torche à travers les barbelés. Il a inspecté soigneusement les environs. Nous l'avons salué, lui lançant un " Hello ! " Il a haussé les épaules et s'en est retourné en grommelant. Une fusée éclairante est partie d'un mirador, éclairant la zone comme en plein jour tandis qu'elle redescendait en frou-froutant. Nous entendons des tirs de plus gros calibre. Peut-être des mortiers. D'où nous sommes nous ne voyons rien. Le lendemain nous questionnerons quelques allemands de l'Ouest pour savoir ce qui se passe. "Tout est normal" nous dira-t-on. Nous restons 4 ou 5 jours à Berlin et, donc, autant de nuits. Toutes les nuits ce sera la même chose.

Les Berlinois de l'Ouest qui n'ont pas obtenu de laisser-passer pour l'Est montent sur ces sortes de petits marche-pieds pour tenter d'apercevoir leurs familles restées de l'autre côté. Ces estrades sont installées à 25 m. de la frontière. La plupart d'entre eux utilisent des jumelles de théatre pour voir les membres de leur famille qui ne se trouvent pas à moins de 125 m.. Sur cette photo, à l'arrière, on peut voir les colonnes de la porte de Brandebourg. Malheureusement je ne peux pas améliorer ce tirage dont je n'ai pas retrouvé le négatif.

 

 

 

Home page / Page d'Accueil